Société

Peurs nocturnes

Emilie courait, elle courait si vite qu’elle ne sentait plus ses jambes. Les battements intenses de son cœur se faisaient l’écho de sa peur et de son désarroi. Et son souffle…on aurait dit le râle d’une machine poussée à son maximum. Elle ne parvenait pas à se situer et ne reconnu pas les lieux, elle ne les connaissaient pas et il faisait nuit noire (ce n’était pas pour arranger les choses). Pourtant, un seul impératif s’imposait dans son esprit: IL FALLAIT QU’ELLE COURE !!!

Le sol était meuble et des branchages se distinguaient dans la pénombre; Elle était en pleine forêt ! Elle entendit des bruits dans sa direction, ils se rapprochaient, elle redoubla d’efforts et tenta de creuser l’écart entre elle et le danger qui la menaçait.

Tentant de réprimer ses sanglots, elle ne pu s’empêcher de penser à sa mère qui devait s’inquiéter en l’attendant à la maison. Cette dernière l’avait maintes fois mise en garde à propos des balades nocturnes : « Par les temps qui courent, sois vigilante, demande à l’un de tes amis de te raccompagner. Une jeune fille ne dois pas rentrer seule à la nuit tombée » !

Oui mais sa mère avait toujours été extrêmement craintive, en limitant ses sorties et en la surprotégeant. Ce soir-là en quittant le domicile familial, Emilie était bien contente d’avoir cette permission pour prendre part à l’anniversaire de Marina, sa meilleure amie. La fête s’était bien déroulée, Emilie goûtât aux joies de l’insouciante jeunesse. Tout s’était passé à merveille. Du moins jusqu’à ce qu’elle décidât de rentrer.

Parmi les légendes urbaines qui circulaient dans la capitale, une seule, particulièrement effroyable revenait sans cesse, remplissant les pages des journaux populaires et alimentant les conversations des ménagères soulagées d’abandonner leurs tâches domestiques pour quelques bavardages. Cette rumeur qui prenait forme, grandissait terriblement se nourrissant de la peur des habitants. On espérait que ce n’était qu’un conte, mais de plus en plus de personnes disparaissaient, et ne réapparaissaient plus jamais. Comme happées par la nature. Il y’a une semaine encore, une glacière avait été retrouvée près des locaux d’une administration respectable et on y avait fait alors une découverte abominable : Des organes humains !!!

Baignant dans leurs sangs, mains, foies, nez et cœurs s’étalaient devant un public à la fois choqué et ahuri devant ce spectacle irréel. Le ministère de la santé était alors accouru pour procéder à des analyses. Et puis, quelques heures plus tard, on entendît lors d’un communiqué officiel, qu’il ne s’agissait pas d’organes humains mais des restes d’animaux. De là les soupçons se portèrent sur le gouvernement. Voulait-il étouffer l’affaire ? On avait bien vu des organes humains, pourquoi le cacher, à moins d’en être l’instigateur ?

Cet événement, était certes le plus médiatisé mais le énième d’une liste noire aussi longue que le fleuve Ogooué. En effet, des cas similaires avaient été répertoriés en grand nombre lors d’élections municipales et présidentielles. Difficiles de les énumérer car plusieurs avaient eu lieu dans des zones reculées et l’information circulait mal, alimentant ainsi la paranoïa générale. Seulement maintenant on avait l’impression d’être pris au piège par une créature invisible et terrifiante qui attaquait à l’ombre de la nuit. Une créature dont on ignorait encore le visage et la forme.

foret-noireA présent, les bruits semblaient venir de toutes les directions, Emilie s’arrêtât net. Elle devait respirer moins fort pour pouvoir se concentrer sur ce qu’elle percevait. Son imagination lui jouait des tours car elle se sentait prise au piège, mais de quoi ?

Elle n’aurait jamais dû s’enfuir de ce taxi qui roulait dans une direction inconnue, elle aurait encore moins dû se diriger vers cette forêt qui, sur le coup lui avait parue idéale pour se mettre à l’abri des phares de la voiture qui la recherchait.

Après la fête chez Marina, elle avait immédiatement hélé un taxi qui, par chance se trouvait là, et puis tout s’était enchainé, il était allé dans la mauvaise direction et restait muet à toutes ses questions, c’est, arrivé près de ce qui semble un bout de forêt qu’il avait ralenti et qu’Emilie s’était instinctivement sauvée dans la pénombre.

Maintenant elle était à bout de souffle et ce qui semblait être un refuge salutaire prenait les allures d’un affreux guet apens. Elle recula lentement pour ne pas faire de bruit et buta sur quelque chose de mou, elle l’écarta machinalement du pied et continua de reculer espérant se retrouver dos à un mur afin d’avoir une vision dégagée des alentours. Quelque chose à nouveau entrava sa marche, toujours la même matière molle, elle essaya à nouveau de le repousser mais fut surprise par le poids de la chose qui la fit tomber de tout son long. A tâtons, elle voulu prendre appui pour se remettre debout mais songea qu’il valait peut être mieux qu’elle resta près du sol pour ne pas être vue par ce qui la poursuivait.

Elle se résolu à ramper pour atteindre la lisière de la forêt, elle touchât à nouveau la chose sur laquelle elle avait trébuché, ca avait l’air assez grand, on dirait un corps, un corps SANS TÊTE ! AAAAAHHHHHH !!! Son effroyable cri  perçât la nuit noire et maintenant elle percevait distinctement une présence à coté d’elle, non pas le corps décapité sur lequel elle avait trébuché mais une présence pus imposante, glaciale. La chose restait immobile, comme guettant un mouvement de sa part pour lui foncer dessus. Des frissons parcouraient son corps, elle voulu articuler mais aucun son ne sortit de sa bouche, comme téléportée dans un univers cauchemardesque dans lequel on ne peut ni crier ni courir comme on le voudrait, un univers hostile où on est jeté en pâture à la volonté sadique de ses phobies.

Emilie regarda cette chose, immense et informe dont elle avait du mal à cerner les contours, cette chose à l’origine des disparitions dont parlait souvent sa mère, elle n’y avait jamais cru…mais beaucoup d’autres s’étaient retrouvés à sa place et on avait plus entendu parlé d’eux. Leurs carcasses avaient été laissées dans cette forêt après qu’on eut retiré leurs organes. La Chose ne bougeait toujours pas, Emilie cru distinguer quelque chose, des griffes acérées à moins que ca ne soit une lame. Au même moment, elle entendit un grognement derrière elle et sentit une masse énorme s’abattre violemment sur elle, Impossible de décrire la douleur qui la traversa mais elle semblait interminable, Emilie se senti défaillir, elle sombra dans un sommeil profond, inéluctable, éternel.

Ché.

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